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questionnement

Je me suis trouvée dans le cas où l'on se demande quelle est la meilleure décision: informer ou non le malade.


Dans un premier temps, poussée aussi par les circonstances, je ne l'ai pas fait (contrairement à l'avis du médecin qui estimait nécessaire la coopération du malade).
Quelles circonstances? L'attitude de mon mari à ce moment-là. Il avait lui-même décidé de l'examen IRM avec le médecin (de kampo, la médecine chinoise) qui le suit pour les choses courantes. Mais il craignait le résultat. Je me rends compte maintenant avec le recul qu'il se doutait de quelque chose, j'y reviendrai. D'autre part, il était dans une mauvaise période quant aux effets de sa maladie, bien souvent, il ne comprenait pas ce qu'on lui disait ou réinventait les propos.

Quand il est allé voir son médecin le samedi 28 mai, celui-ci lui a dit avoir reçu le résultat de l'examen, mais il voulait que je sois là pour nous dire ce qu'il en était. Mon mari a décidé de ne pas venir avec moi le lundi 30 pour être informé. J'ai insisté mais "niet", en prétendant que le médecin avait dit que c'était à moi qu'il voulait parler, mais dans le sens de seulement à moi! A un autre moment disant que s'il avait quelque chose il n'avait pas besoin de trop voir à quoi ça resemblait, de toute façon il faut bien mourir de quelque chose… Bref, il semblait très perturbé. A mon avis, c'était la manifestation de son anxiété. Il ne me semblait à ce moment pas très apte à recevoir toute la vérité.
Et je me voyais mal lui disant moi-même: "mon chéri ce n'est rien, tu as juste plein de trous dans le cerveau, et tu risques d'avoir d'autres infarctus cérébraux qui feront que la démence vasculaire sera encore plus importante et ces trucs-là, c'est irréversible; et puis de toute façon, en prime, tu es atteint d'Alzheimer et  ton état va ne faire qu'empirer". Non, vraiment, très peu pour moi!
Intervenait aussi l'image que j'avais - que j'ai - de cette maladie, celle que j'ai le plus redoutée depuis pas mal d'années… Savoir qu'on a le cerveau bouffé petit à petit… que toutes les facultés et les capacités vont diminuer peu à peu… souvent jusqu'à devenir "légume". Et dans le cas présent, ça arrive à quelqu'un qui a toujours vécu surtout dans le domaine de l'intellect… Je craignais donc d'autant plus qu'il reçoive très mal cette information.

C'est ainsi que dans un premier temps, je ne lui ai pas montré le papier où était écrit le constat. Quand il m'a finalement demandé des informations, je lui ai parlé du  cerveau  effectivement touché  par les infarctus multiples, que c'était irréversible, qu'il fallait essayer d'éviter d'en avoir d'autres Pour ne pas empirer la situation… je n'étais pas allée plus loin…

Mais ensuite, la situation a évoluée. Il a bien vu la catastrophe qu'était son test de mémoire passé avec le neurologue. Il avait l'impression que son médecin traitant réagissait à l'excès, il a peut-être senti qu'on lui cachait quelque chose. Trois semaines plus tard, alors qu'on passait la journée à l'hôpital pour les examens complémentaires pour consolider et affiner le diagnostic, il m'a dit en prenant le café qu'il voulait poser des questions au neurologue la prochaine fois qu'on le verrait, qu'il voudrait être plus précisément informé, etc.
Donc une fois rentrés à la maison, après qu'il s'est reposé, j'ai revérifié ses nouvelles intentions puis lui ai donné à lire la copie du diagnostic établi à partir de l'IRM: infarctus multiples, lourdes ichémies, Alzheimer… en lui disant que dorénavant il en savait autant que moi. Ce qui d'ailleurs était vrai et faux parce que entre temps, je m'étais beaucoup documentée.

Ce que cela a changé? Un grand poids en moins en ce qui me concerne. J'avais commencé certaines démarches, sa coopération serait nécessaire, je me demandais comment le lui présenter. Et je sentais qu'il était suffisamment intelligent pour sentir qu'il y avait une contrainte, la vie dans le mensonge était de plus en plus difficile.
Destabilisant pour lui, je pense, mais en même temps peut-être relativement moins que je ne m'y attendais. Mais que sait-il au juste de cette maladie, à part le "comme la grand-mère autrefois quand on demandait où elle avait encore disparu", ce sont ses propres mots avant qu'il ait su qu'il précisément qu'il était atteint d'alzheimer.
Egalement je peux mieux lui faire comprendre certaines choses. Par exemple quand il se plaint ou s'étonne de telle ou telle état, je peux lui dire que c'est une des conséquences de son problème de santé (le nom honni lui-même n'est jamais prononcé).
C'est plus simple, plus efficace. Et je n'ai plus à me sentir vivre dans le mensonge permanent.

Donc, à quelqu'un qui serait dans cette situation et qui me demanderait mon avis, je répondrais: choisir le timing en fonction des circonstances, de la personnalité de la personne concernée.


 

Lundi 15 août 2005
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Oui, qui informer ou non…
Peut-être cette question paraît-elle incongrue à qui ne s'est pas trouvé dans la même situation.

La famille: oui. C'est évident, la question ne se pose même pas. De même pour quelques amis très proches.

Mais les autres, les amis moins proches, les relations?
Finalement, pas si simple.
Je me suis rendue compte que, dans l'étape où nous sommes actuellement où quand il va bien il est quasi normal et quand c'est dans une mauvaise période, c'est assez visible, c'est à voir au coup par coup.

L'a priori auquel j'arrive est pour l'instant de le dire le moins possible. Une des raisons, c'est que le premier réflexe des gens est de penser, même sans en être pleinement conscients <<Bon, il a la MA, le pauvre il ne sait pas trop ce qu'il dit, il ne peut pas trop penser par lui-même; écoutons-le d'une oreille distraite ou ne faisons pas trop confiance à ce qu'il dit; et s'il y a une décision à prendre, on va voir ça avec sa femme si elle est dans les parages.>>. Et ça, c'est terrible, parce que les choses ne sont pas si simples.
J'en ai eu l'exemple au mois de juin avec le nouveau dentiste. Il était informé de la situation par notre cousin (alors que mon mari, lui, n'était pas encore complètement informé, voir l'article précédent). Et c'est vrai que la première fois qu'on s'y est présenté, mon mari avait l'air complètement ailleurs. Si bien qu'à la deuxième séance, pour choisir entre 2 modèles de fausse dent, ils m'ont téléphoné pour avoir mon avis. Ma réponse a été très claire tout en le disant gentiment: << Qu'en dit mon mari? - On ne lui a pas demandé. - Eh bien il faut lui poser la question, son propre avis est très important.>> Et en effet à ce moment-là il allait beaucoup mieux, il a très bien compris ce qu'on lui expliquait et il a fait les bons choix par lui-même.

Leur dénier la possibilité d'intervenir, de faire des choix, de prendre des décisions n'est pas la bonne solution. Le malade se sent assez "diminué" sans qu'on en rajoute. Il faut l'aider  à garder  un  peu de son amour-propre, de son autonomie, de son pouvoir de décision, même si cela exige plus de patience, plus de temps. En faisant ainsi, on l'aide aussi à rester "bien" le plus longtemps possible, à freîner la progression.

Je pense que pour certains amis ou relations aussi, il est préférable d'attendre le plus possible pour les en informer. Le risque étant qu'ils se sentent trop nostalgiques, ou embarrassés en le revoyant. Ce qui ne serait pas bon pour lui. Donc, dans ces cas, silence le plus longtemps possible.

Mais il est des cas où on ne pas vraiment faire autrement que d'informer. Eventuellement après moulte hésitation…
Un exemple:  Il y a deux semaines à peu près, un de mes étudiants est venu me voir avant son départ pour un an en France.  On discutait, il me posait des questions concernant l'organisation de son séjour, son logement etc. Et tout à coup mon mari, qui était fatigué donc dans un mauvais jour semble-t-il, est intervenu bizarement dans la conversation, s'est énervé tout seul, a fini par quasi insulter le jeune homme et le chasser. On imagine mon embarras… Je suis sortie avec le jeune homme, nous sommes allés dans un café du quartier et je lui ai expliqué que c'était en raison de telle maladie. Il a d'autant mieux compris que maintenant sa grand-mère est dans le même cas.
Un autre exemple: un jeune homme bien sympathique qui étudiait le français avec mon mari et qui passe également de temps en temps pour donner un coup de main ou bavarder. L'autre dimanche, je l'ai informé parce que j'avais senti qu'il se rendait compte qu'il y avait quelque chose, dans la façon de chercher les mots etc. Et ainsi s'il y avait une réaction bizare à son égard, il serait moins choqué.

Mais à d'autres personnes, non, je ne le dirai pas, pour ne pas rompre la confiance. C'est bien trop tôt encore.


 
Jeudi 18 août 2005
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Je me demandais souvent jusqu'à quel point il savait ou non ce qu'est la MA, s'il en était resté à la seule image de "la mémé qui fait des fugues" pour reprendre une de ses expressions.
Connaissant son caractère, sa personnalité, il a dû consulter des livres à la bibliothèque.
Et il y a ces derniers temps des petites phrases glissées ici et là qui me confirment dans cette idée.

Et il y a aussi ce qu'il m'a dit hier soir, dans une de ses crises de mauvaise humeur qui s'expriment toujours contre moi. En me reprochant de ne pas agir comme il faut à son égard il a dit "shi ni kaketeru no ni"±= alors que je vais vers ma mort…

Je ne sais pas pourquoi j'avais mal à l'estomac, hier soir…


 
Dimanche 21 août 2005
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Un de mes aimables visiteurs, Michel pour ne pas le nommer, m'a récemment signalé, dans un commentaire, l'article d'un Docteur ès Sciences d'Etat qui fait part de l'information suivante:

Une équipe de recherche aurait trouvé le composé <<spécifiquement conçu pour supprimer l'inflammation de la cellule cérébrale et la perte de neurones associées à la maladie d'Alzheimer.>>

Lorsque je lis celà, j'ai l'impression d'apprendre qu'on a trouvé le truc miracle qui va sauver le quart de la population agée de nos sociétés!!!

Ça viendra surement trop tard pour mon mari, mais il n'en reste pas moins que ce serait une magnifique nouveauté.

Est-ce que ce sera disponible à temps pour moi? J'ai de plus en plus souvent l'impression que…

allez voir l'article lui-même, et il y a d'autres informations intéressantes et faciles à lire, rassurez-vous!

http://www.claude.over-blog.com/article-1653591.html



Jeudi 26 janvier 2006
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